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jeudi 16 octobre 2008

Le retour à St Côme de la famille Henri Melançon

Le retour à St Côme

Le but de mes conversations avec le cousin Hervé Melançon est toujours avec l’espoir d’y entendre quelques informations sur nos grands-parents Damien et Jeanne ou arrières grands-parents Melançon.

À défaut de ces informations plus personnelles, je prends de bon gré toutes autres que le cousin Hervé me fournit. Pour les familles de Damien ou de son frère Henri, le quotidien à St Lambert il y a 80 ans devait bien se ressembler. Je suis par contre bien réaliste sur le fait que la vie, fut de beaucoup, plus tragique pour la famille d’Henri que pour celle de notre grand-père Damien.
Sur le blogue précédent, je vous ai mentionné le décès de son père un 31 décembre.
La famille déménagea à St Côme à la fin de mars de la même année. Cousin Hervé se souvient très bien de ce fameux voyage. Sa mère et trois de ses enfants s’étaient embarqués sur le train à La Reine. La maman enceinte de 7 mois apportait seulement ce qu’elle avait pu placer dans une grosse malle à couvercle bombé ; du linge et quelques effets personnels. Elle avait laissé les meubles, probablement à nos grands parents ou aux autres familles.
Sa mère semblait contrôler assez bien sa grande peine. Hervé ne se souvient pas de l’avoir vu pleuré. Il faut se rappeler que la maman avait du sang irlandais. Les Irlandais sont bien connus pour avoir un bon contrôle de leurs émotions dans les situations tragiques.
Je peux m’imaginer que le départ de cette famille de St Lambert, une des 4 qui y habitaient, laissa un bien grand vide dans celle de nos grands parents et leurs enfants . Les cousins avaient grandi ensembles. Il faut se rappeler qu’il n’y avait pas encore d’école pour occuper les enfants durant le jour. La tâche d’institutrice retombait sur les épaules des mamans pendant ce temps là. Celles qui le pouvaient. Les enfants s’occupaient à certaines tâches avec les animaux ou rentrer le bois, mais ils avaient aussi beaucoup de temps pour jouer ensemble.

Le voyage vers St Côme avait été interrompu près de Parent, par une tempête de neige, qui immobilisa le train un bon 8 ou 10 heures. Le conducteur du train était venu avertir les passagers qu’il devait arrêter de mettre du charbon pour le chauffage du train de peur d’en manquer pour le reste du voyage. Cousin Hervé se souvient qu’il faisait très froid dans le train. Le conducteur avait eu pitié de sa famille et était venu demander à sa mère s’il pouvait amener Hervé avec lui pour aller chercher des couvertures dans un wagon arrière. Le froid avait été un peu plus supportable sous les couvertures. Les provisions de nourriture disparurent très rapidement de la cuisine et, en pleine nuit, les citoyens de Parent avaient apporté de la nourriture et des breuvages chauds aux passagers pris en otage par la neige.

C’est avec grand soulagement que les familles furent réunies à la gare de Joliette le lendemain après midi.

La grand-mère Mc Gurrin accueillit la famille chez elle. Elle avait une ferme et pouvait au moins nourrir la famille avec des œufs et du lait. Les citoyens de St Côme aidaient du mieux qu’ils pouvaient cette famille en grands besoins. Ils partageaient le peu qu’ils avaient. Les frères et sœurs de feu Henri, avaient eux mêmes de grandes familles ou étaient trop éloignés pour pouvoir aider.
Les poulets continuaient de pondre les œufs et à la fin de leurs jours, les vieilles poules à la peau coriace étaient bouillies avec quelques pommes de terre pour un repas bien satisfaisant.
La ferme était située près d’une rivière. Cousin Hervé se souvient que parfois il ne restait rien à manger et sa mère demandait aux enfants d’aller à la pèche à la truite. Elle spécifiait le nombre exact dont elle avait de besoin. On ne pouvait pas garder les poissons sans moyen de les réfrigérer.

Les enfants allaient à la cueillette des petits fruits pour les vendre et pouvoir acheter d’autres produits de la ferme.

La mère d’Hervé était bilingue et avait parlé français le temps qu’ils avaient vécu à St Lambert. De retour à St Côme et demeurant chez la grand-maman irlandaise, la maisonnée parlait maintenant anglais. Tous les soirs, Hervé lisait le journal anglais The Star pour sa grand-mère. Elle était âgée et avait de la difficulté à lire. Le journal hebdomadaire lui apportait quelques distractions et ceci même si les passages lus par son petit fils se répétaient soir après soir…

La naissance du bébé à la fin mai ajouta aux difficultés de la famille. Le bébé, comme s’il avait réagi, dans le ventre de sa mère au choc du décès de son père, ne fut jamais « normal » d’après cousin Hervé. Il pleurait sans cesse et les prières de la famille pour une guérison ne furent jamais exaucées. Le bébé décéda en sept de l’année suivante vers l’âge de 16 mois.

Un mois avant le décès du bébé, la maman avait été hospitalisé à l’hôpital St Luc de Montréal. Dans ces temps là, le mot cancer était tabou et n’était pas utilisé. Il serait tout à fait acceptable de penser que le stress des dernières années et le choc du décès de son mari avaient eu des effets néfastes sur le corps de la pauvre maman. Elle décéda en novembre, deux mois après son bébé.

Hervé se souvient d’être allé la visiter dans les dernières semaines de sa vie. Elle avait toujours beaucoup aimé son fils ainé et elle s’était souvent confier à lui. La dernière fois qu’il la vit, elle lui remit une dernière lettre de recommandations pour lui et les autres membres de la famille. Quelle grande responsabilité pour ce garçon de douze ans. Lui qui avait vu mourir son père un an auparavant.

Il garda la lettre de sa mère pendant 40 ans. Lors d’une réunion de famille, il offrit de la lire aux autres membres de la famille. Ils refusèrent et il finit par jeter la lettre.

Après son décès, cousin Hervé demeura avec sa grand-mère et les autres petits enfants avaient été pris en charge par des oncles et tantes.

Cousin Hervé que je n’ai jamais eu l’opportunité et la chance de rencontrer, est un homme attachant et d’une très grande sensibilité.
Les tragédies de sa vie n’ont pas réussi à l’abattre ou a faire de lui un homme aigrit. Sa plus grande peine des dernières années fut quand le médecin lui a annoncé que la dégénération maculaire dont il est atteint, le rendrait éventuellement complètement aveugle. À cette pensée, il dit encore souffrir d’anxiété certains jours. Quand ça devient trop noir dans ma tête, je me lève, je prends ma cane et je vais marcher .
Il sait que le jour venu ou il sera complètement aveugle il devra changer d’établissement car on ne peut offrir les soins additionnels ou il vit depuis 16 ans.
J’avais presque envie de prier pour que le bon Dieu ne lui impose pas cette autre épreuve.

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