Une facette de l’Âge d’Or……
Lors de notre rencontre avec Hervé, il nous fut facile de voir et d’imaginer ce qu’est la vie en résidence de personnes âgées. Pour plusieurs, encore en bonne santé, une multitude d’activités les occupent plusieurs heures par jour. Pour d’autres avec des capacités physiques réduites, le quotidien est bien différent. Pour Hervé avec une vision qui l’empêche de lire depuis 3 ans, les journées se suivent au même rythme; lent.
Des journées ou il y beaucoup de temps pour penser et pour prier.
Il nous l’a avoué, il y aussi des moments ou il faut se prendre en mains pour ne pas couler à pic. Il a déjà eu une période de dépression dans le passé et il connaît bien les signes précurseurs. Il sait aussi comment les confronter. Quand il commence à broyer du noir, il sort marcher dans la résidence ou dehors en été. C’est une bataille constante et la peur de la grande noirceur est suffisante pour le motiver à continuer à se battre.
Il y a quelques années, il s’était aperçu de la baisse de sa vision en conduisant sa voiture. Il n’arrivait plus à la stationner correctement. Quand il allait visiter son fils Serge, la circulation sur le Boulevard Métropolitain à Montréal le terrifiait. Il revenait de ces visites exténué et ébranlé.
Petit à petit, il commença à penser que le temps d’abandonner la conduite de la voiture arrivait. Son fils l’encourageait cependant à continuer à conduire, lui disant qu’il était encore bien habile, qu’il avait beaucoup de vivacité, et que le défit de la circulation gardait ses réflexes bien actifs. Malgré ces encouragements, Hervé savait mieux que quiconque que ses capacités ne lui permettait plus de se sentir en sécurité en conduisant.
Un soir qu’il revenait d’une soirée à jouer aux cartes accompagné d’une cousine, un incident confirma ses appréhensions. Un cycliste apparut soudainement devant la voiture occasionnant une légère collision. Alors qu’il s’assurait que le jeune homme n’était pas blessé, les phares de deux voitures stationnées tout près s’allumèrent. Un groupe de jeunes gaillards commencèrent à l’accuser d’avoir blessé leur ami. Leur langage n’avait rien de rassurant et Hervé retourna rapidement à l’auto. Il demanda à sa passagère de verrouiller la porte et il fit de même. Il se voyait dans une bien fâcheuse situation et bien déterminé à s’en sortir. Il réussit à se faufiler entre les deux voitures tentant de lui barrer la route.
Avec les autos en poursuite, il se dirigea droit au poste de police et klaxonna à répétitions une fois devant l’entrée. Les voyous l’avaient suivi sans savoir qu’il se dirigeait vers le poste de police et ils étaient toujours derrière. Un policier sortit investiguer et trouva Hervé complètement effrayé. Il expliqua la situation au policier et il passa quelques temps avec sa passagère sous la protection de la police à l’intérieur du poste. On tenta de le rassurer en lui disant que les policiers s’occupaient des jeunes fous.
Sur le chemin du retour, encore sous le choc et traumatisé, il décida qu’il conduisait pour la dernière fois.
En arrivant à la résidence, il stationna la voiture et n’y retoucha jamais plus.
Quelques temps plus tard, tour à tour ses petits enfants lui téléphonèrent et commentèrent sur le fait qu’il n’avait plus de voiture. Ils avouèrent être très contents et soulagés de sa décision. Ils s’étaient inquiétés pour lui. Hervé croit que durant leurs dernières randonnées ou il les avaient conduit, ils avaient sûrement remarqué quelques maladresses de sa part mais qu’ils n’avaient oser le lui dire.
Ne plus conduire lui manqua mais de s’y être préparé mentalement pendant un an l’aida beaucoup.
Comme pour bien d’autres, une étape à franchir et à accepter tôt ou tard, quand on fait partie de ce que l’on appelle l’Âge d'Or....
Une autre étape ou sa force de caractère lui fut bien utile.

Salut Jocelyne,
RépondreEffacer3e essai pour un commentaire. Je te disais que les photos du cousin Hervé était bonne et que ça agrémentait bien ton blogue. Beaucoup d'émotions y passe.
Gérald.