L’histoire de la famille de cousin Hervé a beaucoup de similitude avec celle que nous connaissons du peuple acadien, déraciné et dispersé aux quatre vents.
Son témoignage sur la dispersion de sa famille après le décès de leurs parents est si détaillé qu’il serait digne d’un scénario de film ou de documentaire.
Pour nous remettre dans le contexte, retournons en arrière soit le 31 décembre 1926 ou Henri son père, meurt d’une crise cardiaque à l’âge de 38 ans. Ida son épouse est enceinte de 4 mois. Hervé est âgé de 10 ans,Madeleine 7 ans, Bernard 6, Lucie 3, et Georgette 2.
Grand-mère McGurrin vient consoler sa fille et retourne à St Côme avec Madeleine et Lucie. Le reste de la famille retourne aussi vivre à St Côme à la fin de mars 1927 lors d’un long voyage en train retardé en chemin par une tempête de neige (voir blogue du 16 octobre).
La grand-mère avait accueillit la famille chez elle. A la fin de mai la mère donna naissance à un enfant qui, du tout début de sa vie, fut malade. Au même moment, la maman devint elle aussi malade, atteinte de cancer. Les grandes responsabilités de Hervé commencèrent puisque c’est lui dorénavant qui s’occupa de la cadette Georgette âgée de 3 ans. Une année bien difficile suivit. La santé de la maman empira et elle dut être hospitalisée à Montréal. La santé du bébé, âgé maintenant de 16 mois, déclina et il décéda en septembre. Deux mois plus tard le 18 novembre ,5 semaines avant Noel, Ida la maman de 5 enfants décéda à son tour. Elle avait passé les 4 derniers mois de sa vie à l’hôpital. Elle avait 38 ans.
Les enfants étaient maintenant orphelins. Hervé avait 12 ans, Madeleine 9 ans, Bernard 8 ans,Lucie 5 ans, et Georgette 4 ans.
Ce qui suivra sur le prochain blogue est le texte tel qu’Hervé l’a raconté décrivant comment la décision du partage des enfants fut prise. Il y a des choses qu’on ne peut résumer en quelques mots.
Hervé raconte :- J’ai été obligé malgré moi de prendre des responsabilités très jeune . Maman m’avait écrit une lettre avant son décès. Malheureusement ou heureusement, on m’a remis cette lettre là que plusieurs années après son décès. C’est ma grand-mère McGurrin qui l’avait. Dans sa lettre, elle me faisait ses recommandations, elle savait qu’elle était pour mourir. Elle écrivait Madeleine est tousseteuse, quand l’hiver va arriver, occupe toi bien qu’elle ait des vêtements chauds, des sous-vêtements chauds surtout des camisoles de laine. C’était la même chose pour mon frère Bernard et mes deux autres petites sœurs.On était cinq qui restait.
Quand maman est morte ma grand-mère a voulu faire une réunion des deux familles. Du coté Melançon il y avaient seulement les deux familles de Pit et Jules Hétu. Les autres étaient trop loin en Abitibi et au Témiscamingue.
Donc on a fait une réunion de famille autour de la table, il y avait deux bancs chaque coté. C’était assez grand la salle de réception chez ma grand-mère, donc tous les parents étaient là.
Il y a une pensée qui me revient toujours. J’ai pensé à la dispersion des acadiens, parce que je savais ce qui nous arriverait. Ma grand-mère m’avait dit; « Hervé, je te dis, je ne sais pas si vous allez tous être ensemble quand on aura fini la réunion. »
On a dit à ma grand-mère; c’est vous qui les avez pris en charge quand leur mère est morte, c’est à vous de décider comment vous voulez régulariser cette chose là.
« Moi j’aimerais garder Hervé parce qu’il peut nous aider beaucoup et semble aimer ça ici » J’avais 12 ans et je pouvais aider au train d’étable, on avait une trentaine de vaches à lait, des cochons, des moutons, j’allais chercher le bois, l’eau dans le puits. C’était des choses que je faisais.
Il avait été convenu avec les religieuses que pour aucune considération je devais rester à l’école après la classe. Mon travail était de revenir à la maison pour aider ma tante. Après que mon grand-père est mort, il n’y avait plus d’hommes à la maison, mes oncles étaient partis et la main d’œuvre habitante était assez rare dans ces petits villages là.
Grand-mère dit ; « Hervé veux-tu rester avec grand-maman et tante Lucie? »
Je ne pouvais pas dire non, on était là depuis la mort de papa et de maman.
Madeleine elle, avait été placée chez les religieuses de l’Assomption qui s’occupaient de personnes âgées et qui prenaient aussi des enfants orphelins. Elle voulait retourner là.
Ma tante Gabrielle entendant cela se mit à pleurer et elle dit « j’aurais tellement voulu que Madeleine vienne rester avec nous autres » Madeleine dit « Vous voulez me garder moi ? ok je vais aller rester avec vous. »
Elles s’étaient connues en Abitibi quand tante Gabrielle était venue passer l’hiver là et elles s’aimaient bien. Donc Madeleine est allée là.
Bernard lui disait « Je m’en vas pas moi, je reste avec toi. Bernard était complètement l’opposé de moi. Je suis gaillard, aventurier, et lui il a toujours été le gars tranquille, sage, écoutant. Quand Bernard nous parlait c’était comme une vérité de l’Évangile, c’était pensé ce qu’il disait, fallait y réfléchir aussi. Même à cinq ans, il me faisait des fois des remarques « Hervé tu devrais pas faire ce que tu as fait, c’est pas correct ». Lui évidemment aurait voulu rester avec moi. Mais il est allé chez mon oncle Edmond Racette qui était le neveu de papa. Par la suite il est revenu sur la ferme pour aider ma grand-mère.
Après les funérailles de papa à St Lambert ma grand-mère avait ramené Madeleine et Lucie avec elle. Ma tante Emily Thériault qui était la sœur de maman, était veuve et enseignante à St Alphonse de Rodrigues. Elle avait pris Lucie temporairement avec elle-même si elle n’avait que 4-5 ans. Les fins de semaine Lucie revenait chez ma grand-mère. Tante Emily voulait la garder. Donc ça c’était réglé. Par la suite, vers 6 ans, elle est allée vivre dans la famille du frère de maman Normand, puis à 12 ans chez ma tante Irène McGurrin.
Pendant tout ce temps là, moi j’avais ma petite sœur Georgette qui était dans mes bras et qui me prenait par le cou. Elle avait quatre ans et me disait dans l’oreille « Je m’en va pas moi Hervé, je reste avec toi, c’est avec toi que je reste. »
Quand maman a eu le dernier bébé, c’est là qu’elle est devenue malade, donc c’est moi qui s’en est occupé de Georgette, la laver, la changer de couche, la faire manger. J’ai fait pareil comme si elle avait été mon enfant.
On était bien attaché l’un à l’autre, pas que je l’aimais plus que les autres, mais j’étais bien attaché à elle.
Je lui disais « non non, tu vas rester avec moi Georgette » mais moi je savais ou elle allait.
J’avais une tante qui était vieille fille mais qui s’était marier quelques temps avant. Ils avaient un garage, une bonne position, ils savaient qu’ils n’auraient pas d’enfants et eux ont jeté leur dévolu sur Georgette la cadette.
Quand ce fut le temps de partir là ce fut la crise avec elle. Mon oncle avait une voiture et ils avaient rempli la valise de toutes sortes de choses pour attirer la petite. Finalement ils me l’ont arraché des bras. Elle criait pleurait elle ne voulait pas partir. Je lui disait « Va va Georgette, je vais aller te voir ça ne sera pas long, tu ne seras pas longtemps toute seule » J’essayais de l’encourager du mieux possible.
Dans le rang chez ma grand-mère il y avait pour à peu près un mille ou le terrain était en élévation avant de redescendre dans un vallon ou on perdait le son et le bruit mais après qu’ils sont partis, moi je l’entendais crier jusque là; HERVÉ HERVÉ !
J’ai encore ça dans les oreilles.
Heureusement c’est elle qui a peut-être le mieux réussit. Ils l’ont aimé comme leur enfant et l’ont bien élevé, elle avait tout ce qu’elle voulait. Dans sa cours elle avait trois chiens, des trains, des ci des ça. Elle était pas mal gâtée.
Au moment d’écrire ce blogue, trois d’entre eux vivent toujours. Hervé, 92 ans vit à Joliette. Lucie, 85 est mère de neuf enfants qui est encore très active et qui vit en résidence de personne âgées à Chicoutimi.
La cadette Georgette a 84 ans et vit à Montréal avec deux de ses fils. Elle vient d’avoir une malchance s’étant fracturée une hanche il y a quelques jours.
Les trois communiquent régulièrement entre eux par téléphone. Le sens de la famille est très fort.
Pour Hervé Lucie et Georgette sont toujours ses petites sœurs chéries et pour elles le grand frère Hervé, c’est comme ce père partit beaucoup trop tôt.
Ils ont, tous les cinq, comme nos ancêtres acadiens, survécu la dispersion de leur famille.
Les tristes évènements n’ont fait que solidifier l’attachement qu’ils ont pour chacun.
Ils ne se verront pas durant le temps de Fêtes mais ils auront, comme toujours beaucoup à se raconter au téléphone.
La famille à St Lambert en 1978 lors d'une réunion des familles Melançon

Quelle tristesse mais quelle richesse avons-nous de connaître cette émouvante histoire de la famille du cousin Hervé. Mention digne d'un scénario de film comme tu le dis si bien... Merci beaucoup à Hervé d'avoir accepté de partager les pages sombres de sa vie qui lui restent collées à la peau mais qui fait de lui un être humain exceptionnel. Merci à toi Jocelyne, de nous partager ces merveilleuses confidences qui font parti de notre histoire. Papa Jean-Paul serait bien fier de toi.
RépondreEffacerDominique (la 12ième à Jean-Paul)